Impacts du développement du numérique et de ses usages sur la mobilité quotidienne

Partant de l’idée répandue que le développement des usages du numérique pourrait permettre d’éviter des déplacements contraints, faciliter la mobilité quotidienne, ou avoir recours à de nouvelles formes de mobilité, la mission s’est attachée à confronter cette hypothèse à la réalité de la mobilité quotidienne. Le croisement de la connaissance de la mobilité quotidienne et des usages du numérique par la population est peu renseigné mais les rapprochements effectués par la mission ont permis de constater un cumul des difficultés pour les mêmes personnes et dans les mêmes territoires. Même si la mobilité quotidienne a eu tendance à augmenter ces deux dernières décennies, des enquêtes mobilité semblent montrer une rupture depuis la crise sanitaire de 2021, avec une baisse du nombre moyen de déplacements quotidiens et une réduction des distances parcourues. Parallèlement, l’équipement et les usages du numérique dans la population ont explosé et des éléments de cadrage et de régulation se sont mis en place au niveau européen et national. La circulation des données de transport s’est ainsi organisée et structurée, permettant une meilleure connaissance des flux et le développement d’applications. La mission a analysé dans quelle mesure l’irruption des outils numériques dans notre quotidien pouvait impacter cette mobilité, via un mécanisme de substitution (faire de chez soi plutôt que se déplacer). Au final, quelle que soit l’activité, si les outils numériques permettent de supprimer des déplacements, ils ne conduisent pas nécessairement à une baisse globale de la mobilité quotidienne, tant au niveau individuel que collectif. Ils peuvent en revanche conduire à une certaine recomposition de ces mobilités. Le numérique peut améliorer les conditions et le confort de la mobilité considérée comme contrainte et favoriser le report modal de la voiture vers les transports publics ou les modes actifs. Les outils numériques ont de plus des impacts multiformes et parfois contradictoires sur notre mobilité et ne touchent pas toute la population ni tous les territoires de la même manière. Il est clairement apparu que le « tout numérique » ne pouvait en aucun cas être une solution. La nécessité de conserver le contact humain est reconnue par la plupart des acteurs territoriaux, en particulier pour les publics les plus fragiles ou moins à l’aise. La mission conclut que toute approche trop générale doit être évitée car selon les types de territoires, les problématiques et les solutions de mobilités sont différentes. La liaison entre la stratégie de l’usage du numérique pour la mobilité et la politique d’aménagement du territoire est donc indispensable. La place de l’État dans la gouvernance du numérique de la mobilité reste encore largement à clarifier. Les usages du numérique pour la mobilité font l’objet de nombreux projets et travaux au sein du pôle ministériel, mais semblent encore manquer de coordination et de véritable stratégie. Auteurs : Brigitte Baccaïni, Pierre Serne, Jérôme Taillé-Rousseau – IGEDD Publié le 6 mars 2026

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