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Vers la reconnaissance des paysages sous-marins

| Figure 1 : Vue imaginaire du paysage sous-marin des chaines de basses des continuités de la pointe du Toulinguet et des Tas de pois. Réalisation : Gaëtan Jolly.

Le 5 juin 2026, Gaëtan Jolly soutenait sa thèse intitulée « Paysages sous-marins : de l’identification à une perspective de politiques publiques 1 », bientôt en ligne . Menée au sein du Parc naturel marin d’Iroise, sa recherche explore une question originale : peut-on caractériser, qualifier et gérer les espaces sous-marins comme de véritables paysages vivants et perçus ?

La démarche repose d’abord sur une caractérisation spatiale qui tient compte de la spécificité du milieu : tridimensionnalité, colonne d’eau et socle benthique. Géologie, bathymétrie, habitats, usages, courantologie, dynamique des masses d’eau ou turbidité sont croisés pour identifier 39 unités paysagères sous-marines en mer d’Iroise. Mais la carte ne suffit pas. Pour éprouver cette caractérisation, le chercheur plonge, ressent les effets des courants, les couleurs, les reliefs, réalise des prises de notes et des dessins sous l’eau, puis confronte ses observations aux connaissances d’experts.

Cette recherche s’intéresse également aux représentations et aux expériences des usagers, à partir de 36 entretiens. Elle montre que les fonds marins peuvent constituer de véritables paysages vécus. Les pêcheurs connaissent les reliefs et les fonds de leurs secteurs de pratique ; les plongeurs perçoivent leur étagement ; d’autres usagers identifient les paysages par la couleur et la clarté de l’eau, les remous ou encore les sons. Épaves, forêts de laminaires ou reliefs sous-marins deviennent ainsi des éléments de paysage.

Cette approche conduit à élargir la notion même de paysage : le paysage sous-marin est une expérience polysensorielle, corporelle et mouvante.

Cette thèse remarquable ouvre enfin une question importante pour l’action publique : comment intégrer les paysages sous-marins aux politiques de la mer et du paysage ? Elle invite à repenser le continuum entre terre, littoral et mer, mais aussi les outils de connaissance et de représentation. Elle montre surtout qu’en croisant les approches scientifiques, les pratiques et les perceptions, il est possible de rendre intelligible un monde encore largement invisible.

Pour en savoir plus :

Notes et références

1Rattachée à l’université de Rennes 2, sous la direction de Laurence Le Du et de Louis Brigand, avec l’appui notamment du parc naturel marin d’Iroise, de l’office français de la biodiversité et de la DREAL Bretagne.

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