Avis de l’IGEDD sur le bilan socio-économique ex post de la ligne à grande vitesse Sud-Europe Atlantique entre Tours et Bordeaux

Depuis juillet 2017, la ligne à grande vitesse Sud-Europe Atlantique (LGV SEA) relie Bordeaux Saint-Jean et Paris-Montparnasse avec un gain de 51 minutes, grâce à la construction d’un tronçon neuf de 302 km entre Tours et Bordeaux. L’investissement a été réalisé par une concession attribuée à la société LISEA qui, en contrepartie du financement, de la conception, de la construction, de la maintenance, et du renouvellement de la LGV SEA, dispose du droit d’y percevoir les péages ferroviaires jusqu’en 2061. Le concédant, Réseau ferré de France (RFF) devenu SNCF Réseau, a versé au concessionnaire un apport correspondant à 48% des financements du projet, qui rassemble la valeur estimée ex ante des bénéfices-risques du concédant, une subvention de l’État et les subventions de certaines collectivités. Ce niveau de subvention cumulée est significativement plus faible que celui des LGV construites à la même période. L’évaluation financière ex post du projet, composante manquante du bilan ex post, aurait permis de comprendre pourquoi. Le contrat de concession a protégé les contribuables de d’un dépassement des engagements budgétaires et a contribué à une livraison sans retard ni dysfonctionnement de l’infrastructure. Toutefois, il n’a pas permis de réduire le coût kilométrique de la LGV, qui a atteint un niveau record. Or la dégradation de la soutenabilité financière retarde la réalisation des projets en dégradant leur utilité collective par euro de subvention. La mission recommande aux parties prenantes de rechercher activement des solutions contre la formation des surcoûts, quelle que soit leur origine. La refonte des services TGV de SNCF Voyageurs qui a accompagné la mise en œuvre de ce nouvel axe à grande vitesse est critiquée pour la réduction et/ou l’insuffisance des fréquences. Les prévisions de trafic exposées dans les enquêtes publiques (2005, 2007) promettaient une fréquentation en hausse qui s’est avérée surestimée, notamment en raison de moindres reports de l’avion vers le TGV. Mais l’analyse quantitative reste insuffisante en raison des manquements dans la mise à disposition des données publiques de fréquentations et de circulations par origine-destination et d’études de trafic ex post partielles et contradictoires. L’ensemble de ces éléments sur les usages est insuffisant. Le volet de l’évaluation socio-économique produit en conséquence doit être repris et faire l’objet d’une publication complémentaire. Enfin, concernant les principaux indicateurs agrégés, les avantages socio-économiques du projet relèvent majoritairement des gains de temps des usagers du TGV. C’est donc principalement la forte baisse du surplus des usagers entre l’estimation ex ante (RFF/SNCF 2007) et l’estimation ex post (LISEA/Explain 2022), qui entraine une révision ex post du TRI-SE à 6% alors qu’il était estimé ex ante à 8%.

Auteurs : William Roy, IGEDD
Publié le 20 mai 2026

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