Effets prévisibles d’un abaissement de la teneur en cadmium des engrais phosphatés et des boues d’épuration sur les approvisionnements en matières fertilisantes
Les suivis de l’exposition au cadmium de la population traduisent des progressions inquiétantes, tant dans l’imprégnation des personnes que dans les teneurs des aliments consommés. Si l’enjeu de santé publique est avéré, certaines données restent néanmoins difficilement interprétables et il est important de continuer à rechercher toutes les causes possibles des évolutions constatées.
En dehors de l’exposition aux fumées de tabacs, l’alimentation est a priori la principale source de contamination. Les teneurs en cadmium des sols sont naturellement variables, mais elles peuvent s’accroître par des apports anthropiques via l’épandage des boues d’épuration et via les fertilisations phosphatées. Globalement, les apports d’engrais minéraux sont en baisse constante depuis les années quatre-vingt et la fertilisation organique apporte aujourd’hui la moitié du phosphore aux cultures. Au-delà de cette présence du cadmium dans les sols, les mécanismes de transfert et d’assimilation de ce métal par les plantes sont complexes et dépendent de multiples facteurs, notamment le PH et le capital génétique. À titre de précaution, la réglementation prévoit une restriction des flux et des teneurs maximales en cadmium à court et moyen termes pour les différentes catégories de matières fertilisantes. Si ces restrictions permettent de réduire les apports au sol, leur efficacité sur les teneurs en cadmium des productions végétales est plus aléatoire et elles seront sans incidence sur les produits alimentaires importés dont la consommation s’accroît. Alors que la France importe tout son phosphore minéral, la réduction des teneurs aura un impact significatif sur l’approvisionnement national en engrais et roches phosphatés et probablement sur les prix des engrais du fait de situation d’oligopole. La réduction des flux de cadmium va également impacter l’épandage des boues, avec dans certains cas, la nécessité d’accroître les surfaces d’épandage, ou bien d’opter pour l’incinération, plus coûteuse. Afin de se conformer à ce nouveau cadre, les différents acteurs concernés (agriculteurs, collectivités, entreprises) ont besoin de visibilité sur les évolutions réglementaires et d’un certain temps pour adapter leurs pratiques. Sans préjuger des évolutions prochaines du règlement européen il apparaît que les premiers seuils d’évolution envisagés après un délai de 3 ans (teneur maximale de 40 mg pour les engrais et apport total de 15 g/ha pour une période de 3 ans pour les boues d’épuration) concilient les enjeux sanitaires et économiques. Les impacts d’une baisse supplémentaire devront être analysés à l’aune des effets des évolutions précédentes, à la lumière des nouvelles études sur l’exposition des populations, des aliments et des sols et dans un contexte géopolitique et économique qui aura sans doute changé. Cette dernière phase d’évolution est susceptible de nécessiter une période d’adaptation plus longue car elle impliquera des transformations plus profondes pour les opérateurs.
Auteurs : Frédéric Saudubray, IGEDD ; Michel Hermeline, CGAAER
Publié le 7 mai 2026