Mission inter-inspection relative aux diverses formes d’habitat partagé adapté au vieillissement
Le rapport de la mission inter-inspection relative aux diverses formes d’habitat partagé adapté au vieillissement a été remis le 7 mai 2026 aux ministres Camille Galliard-Minier et Vincent Jeanbrun. Selon les projections démographiques, le nombre de seniors en perte d’autonomie augmenterait jusqu’aux années 2050 pour approcher 2,8 millions, soit 700 000 personnes supplémentaires par rapport à 2021, avec des impacts très variables selon les départements. En alternative au domicile « historique », se sont développées des formes de domiciles qui mettent à disposition des services (notamment animation de la vie collective), sans être des Ehpad. Ces logements présentent plusieurs avantages (lutte contre l’isolement, cadre sécurisé, prévention de la perte d’autonomie, optimisation des ressources humaines dédiées à l’accompagnement).nCette offre intègre les résidences autonomie, mais également les résidences services seniors privées ou encore l’habitat inclusif. Elle représente un volume modeste (moins de 300 000 logements), bien inférieure à l’offre en Ehpad.
Les modèles économiques de ces habitats partagés sont fragiles. Le secteur des résidences autonomie est en difficulté. Une partie de l’offre est vieillissante et le nombre de places est en diminution. Les résidences services seniors nécessitent une taille importante pour trouver des économies d’échelle. Les habitats inclusifs, de petite taille, peinent à s’équilibrer. Faire de l’habitat partagé un objectif majeur de la politique d’accompagnement du grand âge implique d’agir selon plusieurs axes : définir juridiquement l’habitat partagé, le recenser et communiquer sur cette offre pour le rendre plus lisible ; fixer un objectif cible de création de nouveaux logements relevant de l’habitat partagé d’ici 2040, permettant un accroissement sensible de l’offre. Le scénario retenu consiste à autoriser la création d’un nombre limité de places d’Ehpad (48 000 places) et à créer 120 000 places supplémentaires en résidence autonomie (multiplication par cinq du rythme actuel de création), tout en poursuivant le développement d’autres offres pour les personnes âgées autonomes ; développer l’habitat partagé dans toute sa diversité, en orientant les aides publiques vers l’offre accessible financièrement pour les personnes, tout en veillant à un cadre facilitateur pour l’ensemble de ces habitats ; améliorer la qualité de l’accompagnement à la perte d’autonomie en confortant son modèle économique , faire de l’habitat partagé pour les personnes âgées un axe majeur de la politique du logement, piloter et accompagner son déploiement ; définir un cadre spécifique pour les personnes souffrant de troubles neuro-cognitifs ; mieux garantir la protection des personnes et la qualité de la prise en charge dans l’ensemble de ces habitats. Les impacts financiers seront significatifs, mais beaucoup plus économes qu’un modèle « tout Ehpad ». La mission appelle à agir très rapidement pour conforter l’offre existante et la développer, dans le cadre d’une stratégie propre à chaque département et propose à cet effet un outil de simulation des besoins territoriaux.
Auteurs : Philippe Caillon, Isabelle Rougier, IGAS ; Louis Moreau de Saint-Martin, IGEDD
Publié le 11 mai 2026