Évaluation du plan national de prévention et de lutte contre les sargasses 2022-2025

Le phénomène des échouements des algues sargasses sur les côtes antillaises est encore mal quantifié, mais une tendance durable à la hausse des volumes, à leur extension spatiale et sur une plus longue période de l’année, est relevée par les études scientifiques. Le plan national de prévention et de lutte contre les sargasses II (2022-2025) représente une avancée notable dans la réponse des autorités publiques, mais il est aujourd’hui indispensable de passer d’un mode de gestion de crise à une politique plus structurée. Le premier bilan établi par la direction générale des Outre-mer à l’été 2025 relève que seulement 10 mesures du plan sargasses II sur 26 ont été pleinement réalisées. Devenu un aléa environnemental régulier, l’échouement des sargasses oblige à disposer d’un système de prévision plus perfectionné. Météo France est très engagée dans cette amélioration des prévisions. Les études conduites ces dernières années, qui ont confirmé les dommages environnementaux, sont à poursuivre. Les impacts économiques et sociaux ont été par contre insuffisamment pris en compte. Leur quantification plus précise doit être réalisée et les services de l’État devront accompagner plus étroitement les entreprises touchées via la définition d’un système d’indemnisation. Sur le plan sanitaire, il convient de poursuivre les études sur les effets chroniques de l’exposition aux gaz, de reprendre le repérage et le dénombrement des personnes malades, de mieux associer les professionnels de santé et de veiller à la protection des personnels en charge de la collecte et du stockage. Le prochain plan national devra comprendre une partie significative consacrée à la santé humaine et les agences régionales de santé devront élaborer un plan sanitaire sargasses territorial. Les réponses opérationnelles restent encore insuffisantes et la prévention peut être améliorée. L’efficacité des modèles de collecte tient beaucoup à la mise en place d’une chaîne logistique complète, cohérente et renforcée. Les solutions de stockage doivent être améliorées. Les solutions de valorisation, encore peu crédibles, nécessitent la poursuite des recherches et la mise en place de démonstrateurs pilotes, faisant appel à des crédits publics spécifiques. Si la gouvernance locale est bien assurée, la gouvernance nationale mérite une attention particulière, pour bien impliquer l’ensemble des ministères concernés et les outils opérationnels mutualisés doivent être consolidés. Cette démarche doit s’accompagner d’un renforcement et d’une diversification des moyens financiers. Par ailleurs, le développement de la coopération régionale et internationale doit être encouragée, en privilégiant la recherche de solutions efficaces. Enfin, des efforts importants devront être consacrés pour développer une information plus complète de la population et une association des acteurs locaux à la conception et à la mise en œuvre des programmes d’action.

Auteurs : Michel Py, IGEDD ; Philippe Yvin, IGA
Publié le 9 février 2026

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